
Le visiteur qui veut se rendre à l'Île de La Tortue a le choix :
soit en bateau marchand, soit en avion quand les deux petites pistes
d'atterrissage situées à Pointe Ouest et Haut Palmiste sont en état de
fonctionnement. Il existe une troisième possibilité, c'est le « fly boat » ou « fast
boat », une chaloupe à moteurs. Si les voiliers mettent plus d'une heure pour
effectuer la traversée Port-de-Paix - lle de La Tortue, le « fly boat » permet
au voyageur pressé de se rendre sur l'île en moins de 20 minutes.
Malheureusement les ports des différents villages de l'lle de La Tortue ne
disposent pas d'un quai permettant aux bateaux d'accoster ; le transport des
passagers jusqu'à la terre ferme s'effectue encore, en 2007, à dos d'homme!...
Une population participative
A Pointe Oiseau, le touriste, une fois débarqué, constate rapidement
l'absence de l'Etat : aucune infrastructure, aucune présence
policière sinon un hôtel « Princess Corporation », quasiment
vide, dont le nom a été probablement emprunté par le propriétaire,
suite à une visite aux Bahamas où se trouve un grand hôtel du même nom.
La seule infrastructure qui existe est un pont construit sur la côte,
reliant la route au port. Pointe Oiseau est électrifié, mais
attention ! c'est grâce à la cotisation et à l'entente entre les
habitants qui se partagent l'énergie fournie à partir des génératrices.
D'ailleurs, le soir, on a même l'impression qu'il existe plus de
maisons électrifiées sur l'île qu'à Port-de-Paix, la ville d'en face où
l'EDH (Électricité De Haïti) est pratiquement inexistante depuis belle lurette.
Pour visiter l'île où circulent environ une cinquantaine de camions et
véhicules tout-terrain, le touriste peut solliciter les services de
« Princess Hotel » qui peut mettre un chauffeur à sa
disposition, moyennant une généreuse gratification pour ce dernier. La
route, construite par la population, est étroite et elle est en terre
battue. Certaines pentes sont tellement abruptes qu'on s'interroge sur
la praticabilité de cette route par temps de pluie...
Sur toute la route, le visiteur s'étonne de remarquer de superbes
constructions sur le flanc des mornes et qui appartiennent
vraisemblablement à des « diasporas » ayant vécu à Turc and
Caicos, Providentiales, Bahamas ou à d'anciens boat people s'étant
réfugiés en Floride. L'énergie électrique et l'eau courante y sont
présentes, et des antennes paraboliques surplombent parfois les toits
de ces résidences privées.

Bateau à voile encore en activité.
A
l'attente d'un projet de développement touristique
Deux stations de radios fonctionnent sur l'lle de La Tortue. La 4VET (Voix
Evangélique de La Tortue) émet sur le 93.1 FM et relie la plupart des émissions
de la 4VEH basée au Cap-Haïtien. Le directeur de cette petite station est très
accueillant et s'estime heureux d'offrir un tour aux visiteurs. Cette station de
500 watts, en raison de sa position dans les hauteurs de « Pagne », arrive à
couvrir une très grande partie de l'île et de ses environs.
Il est 10 heures du matin ; au micro, trois adolescents animent une émission du
type vacances-variétés pour les jeunes. Le plus âgé est muni d'un ordinateur
portable (Laptop) et, avec une diction trébuchante, il lit en français un
article se rapportant à la santé. Il est visiblement intimidé par la présence
des étrangers.
A l'Île de La Tortue les habitants sont accueillants, mais ils laissent
l'impression de vivre quotidiennement en attente d'une bonne nouvelle ou d'un
projet d'envergure pour leur territoire. Conversant avec une citoyenne
américaine de passage, l'un des jeunes n'hésite pas à l'interroger : « Êtes-vous
venue sur l'île pour envisager un projet de développement touristique pour
nous ? ». Témoin de la scène, on pense tout de suite aux multiples possibilités
qu'offre cette île si seulement les Haïtiens étaient plus réalistes !… (...) De
nombreux projets similaires existent dans le monde. Pourrait-on s'empêcher de
rêver de "Resorts", de Marinas, de terrains de golf, de bateaux de croisière,
d'aéroport international, de chaînes d'hôtels dans ce magnifique endroit situé à
1 heure et demi seulement de Miami ?… Devrait-on prouver l'apport économique
auquel, à elle seule, cette île pourrait contribuer, pour le développement
d'Haïti ?…
Pourvue d'un beau paysage assez boisé, de belles plages sablonneuses mais
désertes, d'eau potable en provenance de sources naturelles, et d'une agréable
température, l'Île de La Tortue est donc un véritable cadeau du ciel et de la
nature.
Palmiste, le point central de l'Ile de La Tortue
Situé au cœur de
l'lle de La Tortue, Palmiste est considéré comme le village le plus développé de
la région. Y siègent un Commissariat de Police (avec seulement 6 policiers), une
église catholique, au moins un temple protestant, trois cybercafés, une station
de radio communautaire (Tortue FM émettant depuis Haut-Palmiste sur le 93.1). Le
Collège Saint-Miguel des Frères des Ecoles Chrétiennes (FEC), a été fondé en
1985. Il est fréquenté par un effectif de 279 élèves. C'est d'ailleurs la
principale école secondaire de l'île. Le nouveau directeur de cet établissement
scolaire, le jeune Frère Marc-Antoine Fleurisca, est fier d'indiquer aux
visiteurs que « son institution est la meilleure de l'île et qu'on ne fait pas
de cadeau à ceux qui la fréquentent, car on y dispense une éducation de
qualité ». A noter que, sur le même campus, est logée l'Ecole Notre Dame des
Palmistes, également la plus importante école primaire de l'île, avec un
effectif de 850 écoliers.
Disposant d'une vue superbe de Port-de-Paix et de toute la côte Nord-ouest
(décrite par certains comme étant « la pus belle vue de la terre d'Haïti », en
particulier de la zone qui va du Cap-Haïtien à Jean-Rabel), la Téléco utilise le
toit de la résidence des religieux pour installer ses équipements de
communication. Cette position est stratégique, puisqu'elle est située en face du
sommet du Haut Piton. Cependant, à part les téléphones cellulaires accessibles à
certains endroits de l'île, la Téléco n'offre aucun service à domicile, et,
depuis un an et demi, leur système téléphonique public est en dysfonctionnement.

Une
absence remarquable de l''Etat
En raison de l'absence de l'Etat, les véhicules circulent sur l'île sans aucune
plaque d'immatriculation ; qui pis est, certains utilisent des plaques
enregistrées aux Bahamas, leur pays d'importation !...
EEn dépit de la pauvreté apparente de l'île, le visiteur se rend rapidement à
l'évidence de la richesse de certains habitants dont bon nombre possèdent des
bateaux commerciaux reliant la Floride à Port-de-Paix. Un particulier a même
entrepris la construction d'un mini-stade de sport avec ses propres ressources
financières, et l'appui de la population locale. Une association dynamique des
habitants de cette région insulaire (...) pourrait prendre en main la destinée
de l'île, sinon exercer des pressions sur l'Etat central qui, jusqu'ici, est non
seulement inexistant mais s'est montré désintéressé jusqu'à laisser l'impression
d'oublier complètement cette île de 180 Km2 où vivent officiellement 28 à 30 000
âmes, mais, 50 à 60 000, selon un notable de la zone, M. Louiston Altès, le
Directeur de Tortue FM.
Monday September 10, 2007
Joel Lorquet
Et pour
ceux qui désirent en savoir plus sur la célèbre Île de la république des Frères
de la côte,
cliquez ici. Voir la
Rade de Basse Terre